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Jean-Clément Martin : Essai. Il était une fois la Révolution

Note de lecture de Jean-Numa Ducange

mardi 18 janvier 2022

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Essai. Il était une fois la Révolution

in l’Humanité Jeudi 13 Janvier 2022
Jean-Numa Ducange
La Révolution française n’est pas terminée.
Interventions, 1981-2021
Jean-Clément Martin
Passés composés, 208 pages, 17 euros


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En français

Jean-Clément Martin

Cet ouvrage réunit une série de textes relativement courts publiés dans divers médias en ligne ou bien dans la presse papier, dont l’Humanité. Tous ont trait à l’histoire de la Révolution française. On (re)lira avec profit ces textes, très accessibles, qui reviennent sur les épisodes les plus controversés de la Révolution – les guerres de Vendée, à propos desquelles l’auteur s’est imposé comme l’historien de référence, et la Terreur, de 1793-1794 –, comme sur quelques productions contemporaines (lois « mémorielles », film…) relatives aux mêmes événements.

Robespierre continue à être un sujet clivant.

Nul besoin de partager toutes les conclusions de Jean-­Clément Martin pour apprécier la portée de ses textes : chacun donne à réfléchir sur des événements clefs de l’histoire, et c’est là une qualité majeure que de réussir à le faire sans noyer le propos dans des détails trop nombreux qui feraient perdre au lecteur le goût d’en savoir plus. Parmi les réflexions marquantes, on relèvera le fait que Robespierre – et la Terreur qui lui est reprochée – continue à être un sujet clivant majeur, là où Napoléon Ier s’impose comme une figure paradoxalement consensuelle… alors même que les victimes de ladite Terreur ont été bien moins nombreuses que celles des guerres napoléoniennes.

À propos de la Vendée, la réfutation de l’idée d’un « génocide » est ici parfaitement exposée et résumée, sans nier l’ampleur des crimes commis. L’historien souligne l’importance des arrangements des fractions politiques entre elles et l’emballement général dans des circonstances précises qui permettent d’historiciser les faits de la décennie 1789-1799. D’autres développements prêtent davantage à discussion. Par exemple, l’insistance sur l’invention de la Terreur. Si Robespierre a assurément servi de bouc émissaire dans le cadre d’une machination politique, il apparaît excessif de dénier toute pertinence à l’existence de la Terreur (terme employé par Robespierre lui-même) au cours de la séquence 1793-1794, même si l’historiographie avait eu incontestablement tendance à en faire une sorte de « bloc » uniforme.

« Refonder une école historique est urgent »

De même, tailler en pièces l’expression de Clemenceau (qui parla d’un « bloc » à propos de la Révolution en 1891 à l’Assemblée nationale en refusant de dissocier 1789 de 1793) se discute. Certes, un tel « bloc » a tendance à tout simplifier, mais il a aussi permis à la Révolution française de rester un événement « chaud », suscitant débats et controverses… Faisant, comme l’indique le titre du présent ouvrage, qu’elle n’est pas encore « terminée ».

Mais, face aux falsifications diverses et à la méconnaissance ou l’instrumentalisation du passé, on suivra Jean-­Clément Martin, pour qui « le besoin d’histoire demeure : la nécessité de refonder une école historique est une urgence ». Beau plaidoyer, donc, qui invite à lire sans tarder cet ensemble vivifiant de contributions.

In English

Jean-Clément Martin

This book brings together a series of relatively short texts published in various media, online or in print, including L’Humanité. They all deal with the history of the French Revolution. It is worth (re)reading these very accessible texts, which look back at the most controversial episodes of the Revolution - the Vendée wars, regarding which the author has established himself as the authoritative historian, and the 1793-94 Terror, , as well as some contemporary products (« memorial » laws, films, etc.) relating to the same events.

Robespierre continues to be a divisive subject..

There is no need to share all of Jean-Clément Martin’s conclusions to appreciate the significance of his texts : each one gives food for thought on key events in history, and it is a major strength that he succeeds in this without getting bogged down in too many details that would put the reader off wanting to know more. Among the most striking reflections is the fact that Robespierre - and the Terror for which he is blamed - continues to be a major divisive subject, while Napoleon I is paradoxically a consensual figure ... even though the victims of the Terror were much less numerous than those of the Napoleonic wars.

Regarding the Vendée, his refutation of the idea of a « genocide » is shown and summarised perfectly here, without denying the extent of the crimes committed. The historian underlines the importance of the arrangements of the political factions between them and the general excitement in specific circumstances which allow the historicisation of the facts of the decade 1789-1799. Other developments are more debatable. For example, the insistence on the invention of the Terror. If Robespierre was certainly used as a scapegoat in the context of a political scheme, it seems excessive to deny any relevance to the existence of the Terror (a term used by Robespierre himself) during the 1793-94 period, even if historiography had undoubtedly tended to turn it into a sort of uniform « bloc ».

« Re-founding a school of history is urgent ».

In the same way, it is debatable whether the phrase of Clemenceau (who spoke of a « bloc » in relation to the Revolution in 1891 in the National Assembly, refusing to dissociate 1789 from 1793) should be cut to pieces. It is true that such a « bloc » tends to simplify everything, but it has also allowed the French Revolution to remain a « heated » event, giving rise to debate and controversy... Making it, as the title of this book indicates, not yet « finished ».

But, in the face of various falsifications and the misunderstanding or instrumentalisation of the past, we will follow Jean-Clément Martin, for whom « the need for history remains : the need to re-found a school of history is an emergency ». A fine plea, therefore, which invites you to read this lively collection of contributions without delay.

[/Jean Numa Ducange,

Historien