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« Robespierre, la fabrication d’un mythe »

Paris, Éditions Ellipses, 2013

vendredi 14 mai 2021

NOTE DE LECTURE
« Robespierre, la fabrication d’un mythe », Paris, Ellipses, 2013

Quel sentiment est plus cuisant que celui de l’être victime d’une injustice ?

Quel fer plus rouge marque l’homme à jamais que celui de ne pas pouvoir se défendre face à des accusations facétieuses ?

Nous avons beau vivre au 21e siècle, l’injustice reste une bouche acérée pleine de dents qui déchirent et ouvrent des plaies qui ne se referment qu’après avoir reçu l’absolution de la vérité.

Mais, l’histoire parfois permet de mettre à la lumière le travail de sape de toute une génération voir parfois d’absoudre ceux qui, hier encore, étaient la lie infâme de la bienséance.

Un nom me vient, celui du Pharaon Akhenaton [1], littéralement effacé par son descendant, détruit, annihilé, conspué pour son culte au dieu Aton et qui, grâce au travail acharné des archéologues et des historiens, a retrouvé sa place au sein des mémoires, ainsi qu’au panthéon égyptien.

Pardonnez ce laïus, mais pour entendre le sujet ici présent il faut planter ce décor.

J’avance en terrain conquis cependant car l’injustice est un trauma partagé plus aisément en notre temps que l’amour et la bienveillance.

Je viens ici vous parler d’un livre édifiant, fruit de l’opiniâtreté de deux historiens – Marc Belissa & Yannick Bosc - passionnés, et passionnants , et intitulé « Robespierre la fabrication d’un mythe », paru en 2013.

La première page est une gifle, une brûlure, une liste d’adjectifs haineux et tubéreux, qualificatifs abjects lancés tout de go et censé peindre le portait de celui de qui nous entendons porter les mots et la flamme.

Au fil des pages nous sommes projetés dans le temps, celui du jeu des hommes pour le pouvoir et, tel un badaud du siècle nous marchons dans les pas de Maximilien.

Les faits historiques connus restent les mêmes mais, et ce qui fait l’intérêt de cet ouvrage, c’est l’effeuillage des relations privées avant et après Thermidor.

Devant nous s’étale le stratagème des détracteurs, parfois amis ou proches de l’Incorruptible pour avilir non seulement son nom mais aussi son intégrité.

Nous passons d’un portrait au vitriol à un autre au fil des apparitions publiques de Maximilien mais c’est après sa disparition en tant qu’être de chair que nous suivons pas à pas l’offensive dantesque de ses ennemis pour créer cette figure abjecte qui perdure malgré les faits dans la conscience populaire.

Nous assistons ici à l’édifiante construction de l’image de bourreau sanguinaire attachée à Robespierre.

Pièces par pièces, mascarades après pantomimes, nous ne pouvons qu’être abasourdis par le zèle de leurs auteurs et leurs méticulosité à pourfendre, même après son trépas, celui qui fut pourtant un représentant aimé du peuple.

Comprendre le besoin de ces gens à détruire non seulement le travail mais aussi le souvenir d’un homme est une nécessité. Effectivement, la manipulation de l’image est si présente dans notre société que ce livre est capital.

L’histoire sert un projet politique qui nous dépasse, en quoi la figure de Maximilien était elle un frein à la reconstruction nationale d’après la Révolution ? En quoi est elle toujours aussi prégnante de nos jours ?

Pour tout ceux qui n’ont pas les moyens, ou le temps, de s’offrir cet ouvrage (parlons franchement, la situation environnementale actuelle ne doit pas être un obstacle à l’acquis de savoir) je vous conseille de regarder l’épisode de « la Grande H » [2] intitulé « Le grand méchant Robespierre » consacré à l’ouvrage et visible sur Internet.

Vous y découvrirez les auteurs, attachants et pédagogues, parlez de leur livre et vous y découvrirez de nombreuses anecdotes instructives.

« La rigueur vient toujours à bout de l’obstacle » [3] soyons de ce fait rigoureux et alerte, curieux et lucides, que le nom de Robespierre ne signe plus l’infamie de ceux qui le lisent et adhèrent à ses propos.

Octroyons nous même l’audace de retourner la situation et prenons ce « bashing » [4] historique comme une chance, celle d’avoir tant et si bien réussi son ouvrage que son nom (Robespierre) luit encore dans les arcanes du temps comme un néon la ou ceux de ses agresseurs vivotent à peine.

« Le courage c’est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques » [5] cultivons nous !

Elise VOISIN
Membre de l’ARBR

Voir en ligne : Pour commander


[1Akhenaton, Pharaon taxé d’hérésie pour son culte au dieu Aton (et nom au dieu Amon comme ses ancêtres avant lui et sa descendance après lui).

[2Émission d’histoire du média TV

[3Léonard de Vinci (citation)

[4Terme anglais signifiant frapper, cogner, à entendre dans le sens : dénigrement

[5Jean Jaures (Discours à la jeunesse, 1903