Accueil > Comprendre la Révolution > La Révolution dans le Pas-de-Calais, le Nord > Moins de la moitié des curés du Pas-de-Calais prêta le serment

Moins de la moitié des curés du Pas-de-Calais prêta le serment

La Révolution au pays de Robespierre (2)

mardi 10 février 2015

Moins de la moitié des curés du Pas-de-Calais prêta le serment

 

Nous avons vu qu’à Arras [1] seuls prêtèrent le serment, un curé et un vicaire. Il en fut de même à Boulogne et à Montreuil ; à St-Omer il n’y eut aucun jureur.

Dans les campagnes, les prestations de serment s’étalèrent de janvier à juin. Dans le district d’Arras la moitié des curés prêta serment, mais ils ne furent que 40 dans le district de Montreuil, 18 dans celui de St-Omer, et très minoritaires aussi dans ceux de Bapaume, Béthune et Saint-Pol.

Il faut dire qu’ayant reçu des consignes de leurs ci-devant évêques (bientôt tous trois émigrés) de nombreux ecclésiastiques firent mine de prêter le serment mais l’assortirent d’un ajout qui le rendait inacceptable. Ainsi, le curé d’Achicourt, près d’Arras, aussitôt dite la messe, s’adressant aux fidèles lut la déclaration suivante : Je jure et promets de veiller avec soin sur les fidèles qui me sont confiés, d’être fidèle à la loi, au roi et à la constitution décrété par l’assemblée nationale, sanctionnée par le roi , si elle ne contient rien de contraire à la discipline spirituelle de l’église catholique, apostolique et romaine. (signé : Cuvilliers curé à Achicourt ).

Ayant assisté à l’office, les autorités de la commune publièrent aussitôt ce texte : Nous sous signés Maire et Greffier de la municipalité d’Achicourt certifions que le susdit serment de la messe que le curé de la paroisse nous a présenté le 23 janvier de cette année, nous n’avons pas voulu recevoir ce serment parce qu’il était contraire à celui décrété par l’assemblée nationale en foi de quoi nous avons signé…

 

Mars 1791 : l’élection de l’évêque du Pas-de-Calais

L’assemblée nationale avait décidé qu’il n’y aurait qu’un diocèse par département et que l’évêque serait choisi par les électeurs préalablement désignés par les citoyens actifs. Ils furent 497, les 27, 28 et 29 mars 1791, réunis en l’église St-Nicolas-sur-les Fossés (la cathédrale étant alors en piteux état).

C’est CARNOT-FEULINT, officier du Génie (le frère cadet de Lazare CARNOT) récemment élu administrateur du département et futur député, qui présida aux opérations précédées d’un messe solennelle à laquelle assistèrent les plus hautes autorités civiles et militaires du Pas-de-Calais .

DUFLOS, le curé du petit village d’Hesmond, élu au troisième tour avec198 voix mais s’étant récusé c’est finalement Pierre-Joseph PORION [2], le curé de la paroisse de St Nicolas des Fossés d’Arras qui fut élu. DUPONT, doyen de Marquise fut élu son premier vicaire épiscopal. Des coups de canon et une sonnerie des cloches de toutes les églises conclurent cette élection .

Agé de 48 ans, PORION était un prêtre très cultivé, ancien professeur de philosophie. C’est Talleyrand, alors évêque de Paris, qui l’avait consacré.

Le jour des Rameaux il fit un sermon dans lequel il accusait les grands de l’église, assoiffés de richesses, d’avoir « rendu la religion méconnaissable »

« L’égalité est l’essence même de la religion » disait-il, ajoutant : « Il n’est pas possible de ne pas reconnaître le doigt de Dieu dans la Révolution française ».

C’est par petites étapes qu’il se rendit au siège épiscopal fixé à Saint-Omer. Son traitement annuel était de 12 000 à 20 000 livres

Mai-Juin 1791 : l’élection des curés

 

Le nombre des paroisses fut fortement réduit.
Plus de la moitié des villages en fut dépourvue. Le district d’Arras ne compta plus que 42 cures (de 1 200 à 1 500 âmes) avec chacune un ou deux vicaires. A Arras il n’y eut plus que 4 paroisses, au lieu de 11, et 4 succursales.

En mai et juin 1791 on procéda à l’élection des curés de chaque paroisse. A Arras, le curé de St-Vaast fut élu par 31 par voix, celui Ste Croix par 41 voix. Joseph Le BON, le futur conventionnel, alors curé de Neuville-Vitasse, fut élu avec 34 voix.

De fortes animosités parfois violentes se manifestèrent entre jureurs et réfractaires et entre les fidèles et les jureurs qu’on leur imposait. C’est ainsi que dans le petit village d’Oeuf-en-Ternois, une famille en deuil arrivée dans l’église pour la cérémonie, abandonna le cadavre du défunt en se voyant accueillie par un curé jureur. A Boulogne le chanoine Coquatrix, jureur, ne pouvait sortir que protégé par la garde nationale.

Mais partout les Sociétés des Amis de la Constitution (les jacobins) multipliaient les publications et déclarations pour dénoncer les menées des réfractaires et louanger les ministres du nouveau culte.

Dès novembre 1791, le clergé réfractaire va subir les rigueurs de la législation. Ceux qui n’auront pas prêté le serment exigé seront déclarés suspects de révolte contre la loi et placés sous la surveillance des autorités officielles et interdits de culte. Ils se trouveront souvent rejetés dans les rangs de la contre-révolution.

Christian Lescureux

La Révolution au pays de Robespierre


[1Voir Incorruptible n° 87

[2Voir sa biographie dans l’Incorruptible n°46