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La théorie du gouvernement révolutionnaire par Robespierre.

Discours devant la Convention le 5 nivôse An II

mardi 9 juin 2015

La théorie du gouvernement révolutionnaire par Robespierre :

5 Nivôse an II (25 Décembre 1793) [1].

« La théorie du gouvernement révolutionnaire est aussi neuve que la révolution qui l’a amenée... Il faut l’expliquer à tous, pour rallier au moins les bons citoyens aux principes de l’intérêt public.

La fonction du gouvernement est de diriger les forces morales et physiques de la Nation, vers le but de son institution.

Le but du gouvernement est de diriger les forces morales et physiques de la Nation, vers le but de son institution.Le but du gouvernement constitutionnel est de conserver la République ; celui du gouvernement révolutionnaire est de la fonder.

La révolution est la guerre de la liberté contre ses ennemis : la constitution est le régime de la liberté victorieuse et paisible.

Le gouvernement révolutionnaire a besoin d’une activité extraordinaire, précisément parce qu’il est en guerre. Il est soumis à des règles moins uniformes et moins rigoureuses parce que les circonstances où il se trouve sont orageuses et mobiles, et surtout parce qu’il est forcé à déployer sans cesse des ressources nouvelles et rapides pour des dangers nouveaux…

Le gouvernement révolutionnaire doit aux bons citoyens toute la protection nationale ; il ne doit aux ennemis du Peuple que la mort[… ]

Si le gouvernement révolutionnaire doit être plus actif dans sa marche et plus libre dans ses mouvements que le gouvernement ordinaire, en est-il moins juste et moins légitime ? Non ; il est appuyé sur la plus sainte de toutes les lois : le salut du Peuple, sur le plus irréfragable de tous les titres : la nécessité. Il a aussi ses règles, toutes puisée dans la justice et dans l’ordre public. Il n’a rien de commun avec l’anarchie ni avec le désordre ; son but, au contraire, est de les réprimer, pour amener et pour affermir le règne des lois ; il n’a rien de commun avec l’arbitraire. Ce ne sont point les passions particulières qui doivent le diriger, mais l’intérêt public[… ]

Il doit voguer entre deux écueils la faiblesse et la témérité, le modérantisme et l’excès ; le modérantisme, qui est à la modération ce que l’impuissance est à la chasteté, et l’excès qui ressemble à l’énergie comme hydropisie à la santé[… ]

Les deux extrêmes aboutissent au même point. Que l’on soit en deçà du but, le but est également manqué[…]

La fondation de la République Française n’est point un jeu d’enfants : elle ne peut être l’ouvrage du caprice ou de l’insouciance, ni le résultat fortuit de toutes les prétentions particulières et de tous les éléments révolutionnaires[…]

Il faut que l’autorité de la Convention nationale soit respectée de toute l’Europe[…]

Les étrangers ont paru quelque temps les arbitres de la tranquillité publique. L’argent circulait ou disparaissait à leur gré. Quand ils voulaient, le Peuple trouvait du pain ; quand ils voulaient, le Peuple en était privé ; des attroupements aux portes de boulangers se formaient et se dissipaient à leur signal[…]

Le Comité a remarqué que la loi n’est point assez prompte pour punir les grands coupables. Des étrangers, agents des rois coalisés, des généraux teints du sang des Français d’anciens complices de Dumouriez, de Custine et de Lamarlière sont, depuis longtemps en état d’arrestation, et ne sont point jugés. Les conspirateurs sont nombreux, ils semblent se multiplier. La punition de cent coupables obscurs est moins utile à la liberté que le supplice d’un chef de conspiration[…]

Nous vous proposerons, dès ce moment de faire hâter le jugement des étrangers et des généraux prévenus de conspiration avec les tyrans qui nous font la guerre.

Ce n’est point assez d’épouvanter les ennemis de la patrie ; il faut secourir ses défenseurs : nous sollicitons donc de votre justice quelques dispositions en faveur des soldats qui combattent et qui souffrent pour la liberté.

L’armée Française n’est pas seulement l’effroi des tyrans, elle est la gloire de la Nation et de l’humanité[... ] »

Ce rapport est fréquemment interrompu par les plus vifs applaudissements.

La Convention en ordonne l’impression, et l’envoi aux départements et aux armées et adopte unanimement le projet de décret.

Note de l’auteur de l’article :

Ce rapport est aussi un bilan de politique intérieure. Il s’agit de justifier la dictature révolutionnaire instituée en octobre 1793. Il signale les deux périls qui guettent le gouvernement : les anarchistes et les modérantistes.

Bernard Vandeplas. Docteur en Histoire Contemporaine.

[1Source : d’après Le Moniteur universel, n°97, p. 390