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Robespierre aura bien son « musée » à Arras.

Deux cents ans après il n’est jamais trop tard. Le maire s’est engagé publiquement dans un article publié fin août 2020 dans libération .

mercredi 26 août 2020

L’ ARBR se réjouit que le Maire d’Arras ait écouté à la fois ses interlocuteurs étrangers et l’ARBR, fière de ses 7000 signatures recueillies à travers le monde pour l’ouverture d’un musée consacré à la révolution française et à Robespierre dans sa ville natale et, de manière emblématique, dans la maison modeste qu’il occupa avec sa sœur Charlotte et son frère Augustin dont l’action mérite, elle aussi, d’être valorisée.

(ARBR is delighted that the Mayor of Arras has listened to both his foreign contacts and ARBR, proud of the 7,000 worldwide signatures collected for the opening of a museum devoted to the French Revolution and Robespierre in his hometown and symbolically in the modest house he occupied with his sister Charlotte and his brother Augustin, whose work also deserves recognition.)

ROBESPIERRE « LA FORTE TÊTE D’ARRAS [1] »AURA SON MUSÉE.

Deux cents ans après , il n’est jamais trop tard.
Le maire s’est engagé publiquement dans un article publié fin août 2020 dans Libération [2]

En français

Extérieur de la Maison de Robespierre

Il s’en aura fallu d’un article estival à propos de Robespierre et de la place à lui accorder dans sa ville natale pour que tout à coup ses détracteurs et même les plus inattendus sortent de leur torpeur.

L’ARBR n’est pas surprise. Elle sait le chemin qu’il reste à parcourir pour en finir avec « deux siècles d’un mensonge d’État » comme l’exprime si bien le sous-titre de l’ouvrage de Jean-Clément Martin « Échos de la Terreur » [3].

Notre Robespierre est donc devenu désormais un personnage controversé. Avant, sous Furet, il était le monstre sanguinaire, l’apôtre, avec son lieutenant Saint-Just, de la Terreur, le bourreau de la Vendée.

Cette avancée, si cela en est une, on la doit aux nombreux historiens actuels de la Révolution qui démontent depuis une dizaine d’années les préjugés de la « Légende Noire ». La controverse n’est pas leur propos. Ils font de l’Histoire.

Mais qui a donc intérêt à poser la question ainsi ? Et qui alimente donc cette controverse ? C’est la question que je renvoyais à un jeune contradicteur dans le film « Sur les pas de Robespierre » [4] de Thomas Gallo.

Aujourd’hui, même si les manuels scolaires tendent encore, soit directement ou de manière subliminale, d’associer Robespierre au dictateur responsable de tous les maux de la révolution, l’argument tient de moins en moins. Il est difficile d’expliquer pourquoi, par exemple, Robespierre disparu, la guillotine continua de fonctionner et son usage s’accélérer après le 9 thermidor et pourquoi la guerre de Vendée se poursuivit, alors que ses successeurs inventaient le mot Terreur trois mois après en l’associant au seul nom Robespierre.

L’ARBR, association arrageoise, s’en féliciterait, elle qui depuis trente ans se fait la défenseure de l’Incorruptible emblématique de la ville si elle n’entrevoyait pas le piège dans lequel « le controversé » serait tout à coup enfermé.

De quelle controverse s’agit-il ? Celle qui nous divise ose subtilement Gauchet [5]. Certes, nous disent-ils, on vous le concède, affichent ses détracteurs, nous reconnaissons chez Robespierre le défenseur des Droits inscrits dans le constitution, pour la laïcité et la liberté d’opinion, la résistance à l’oppression, pour les droits des Juifs son opposition à l’esclavage, son opposition à la guerre, à la peine de mort et enfin certes son action déterminée pour l’égalité sociale et les droits à l’éducation et à l’existence (vivre dignement). Au regard actuel de tout cela, acceptons bien volontiers cette concession.

Mais, nous disent-ils, par le même temps tout cela est bien beau. Regardez donc : la Révolution n’a engendré que violences, morts injustes, et terreur. Et Robespierre personnage-clé de la révolution, Robespierre dont vous défendez les principes, à être trop vertueux et trop rigide a inspiré et contribué à ces milliers de morts.

Au fond, avec les meilleures intentions du monde, une fois au pouvoir, si l’on veut la justice pour le peuple (entendez ceux qui n’ont rien ou pas grand-chose) il faut bien assumer le pouvoir y compris les pires résolutions. Et finalement, la boucle est bouclée : Robespierre est bien le tyran que dénonçaient les Barère, Fouché et autres. La suite de l’histoire ne l’a-t-elle démontré ? Voilà donc, la boucle bouclée, la vertu qui conduit immanquablement à la terreur

S’agissant d’aujourd’hui, car il faut bien tirer quelques leçons du passé, citoyens qui doutent aujourd’hui de la République au point de ne plus voter, à qui pouvez-vous bien vous fier ? Et à quoi bon ? Toute révolte finit par la violence de la faute de ces chefs trop « idéalistes ».

Juste retour à la stratégie thermidorienne plus efficace que Barère lui-même ne l’aurait cru . Comme disent les gosses dans les cours de récré : « C’est s’ti qui dit qui y est ». Les violents ce ne sont pas nous les nantis, ce sont ces leaders excessifs et le peuple inculte qui les croit . Voyez donc l’histoire.

Une nouvelle manière donc, plus sournoise, à nous faire renoncer à conduire « le bonheur jusqu’à sa perfection », [6] selon Saint-Just.

Intérieur actuel de la maison

L’autre manière de nier toute velléité révolutionnaire, plus subtile encore car elle renvoie la Révolution et surtout Robespierre aux rayons poussiéreux des archives, un moment de l’histoire qui ne mériterait guère mieux que des querelles d’historien. Les idéaux de Robespierre, sont « trop anachroniques » [7]. C’était bien ce qu’il disait, mais on n’est plus en 1789. Il n’est plus dans le coup papa Robi. A quoi bon donc, si l’on veut aller au bout du raisonnement, développer un espace muséographique dans sa ville natale ? Imprimons quelques tee-shirts pour les nostalgiques et rendons à l’abbaye, avec cet argent, son aile dégradée [8] .

Et qu’importe si les citoyens d’aujourd’hui continueront d’ignorer que les révolutionnaires, dont Robespierre, inventaient la France et que bien de leurs espoirs demeurent encore à conquérir.

Anachronique, alors l’idée de revendiquer le droit à l’existence dans un monde où les inégalités n’ont jamais été aussi criantes ?

Anachronique, alors les principaux articles de la déclaration des droits de 1793 dont on sait quelle part Robespierre apporta à sa rédaction ? Anachronique l’article 11 quand dans de nombreux pays, y compris le nôtre, les violences policières sont si fréquentes ? Anachronique l’article 21  [9] ?

Anachronique aussi la revendication de la la vertu publique et d’exiger que le peuple exige des comptes à ceux qu’ils ont élus ?

Anachronique aussi, alors d’interroger les propositions de Robespierre pour créer la solidarité nationale ou même ses arguments en faveur des mères et du droits de bâtards ?

Alors, il faut croire que le comédien Vincent Lindon [10] prenant la parole au moment de la crise dans une chronique de Médiapart est un fieffé ringard.

C’est la raison d’être de l’ARBR que de porter à la connaissance des citoyens l’expérience créatrice de la Révolution, l’inspiration qu’elle fournit à d’autres, et surtout d’afficher avec une patiente détermination que les idéaux de 89 et ceux de 93 demeurent toujours à conquérir. Le risque serait de céder à ces manières de fossiliser les événements révolutionnaires dans le juste-milieu de la controverse ou dans celui de la table rase du passé glorieux de nos ancêtres sans-culottes.

C’est pourquoi l’ARBR se réjouit que le Maire d’Arras ait écouté à la fois ses interlocuteurs étrangers et l’ARBR, fière de ses 7000 signatures recueillies à travers le monde pour l’ouverture d’un musée consacré à la révolution française et à Robespierre dans sa ville natale et de manière emblématique dans la maison modeste qu’il occupa avec sa sœur Charlotte et son frère Augustin dont l’action mérite elle aussi d’être valorisée [11].

Elle se réjouit aussi devoir que la sage mesure que nous avions suggérée [12] à notre édile, en son temps de confier à un comité scientifique composé d’historiens renommés la déclinaison du projet pédagogique et muséographique ait été retenue. Elle y voit aussi sa volonté de sortir des polémiques ou des controverses politiciennes autour du personnage et de proposer aux arrageois et aux touristes un véritable lieu de culture historique.

Notre association qui ne manque pas d’accompagner des groupes qui souhaitent visiter la « Maison des Robespierre » met, c’est évident, à disposition des concepteurs l’ensemble des documents iconographiques qu’elle possède et l’ensemble des ouvrages de sa bibliothèque spécialisée à la construction de cet espace, donc au public le plus large.

Ne boudons pas notre plaisir. Arras montre enfin le chemin à d’autres édiles qui demeurent toujours curieusement frileux à donner à Robespierre la reconnaissance républicaine qu’il mérite.

In English

Extérieur de la Maison de Robespierre

All it took was a summer article about Robespierre and the place to be given to him in his hometown for his detractors – even the most unexpected ones – to suddenly emerge from their torpor.
ARBR is not surprised. It knows how far it still has to go to put an end to « two centuries of a state lie » as the subtitle of Jean-Clement Martin’s book Echoes of Terror3 expresses it so well.
Our Robespierre has become henceforth a controversial character. Before, under Furet, he was the bloodthirsty monster ; the apostle of Terror, together with his lieutenant Saint-Just ; the executioner of the Vendée.

This advance, if it is one, is due to the many current historians of the Revolution who have been dismantling the prejudices of the « Black Legend » over the last decade or so. Controversy is not their purpose. They are doing history.

But who has an interest in asking the question in this way ? And who is fuelling this controversy thus ? This is the question I put to a young contrarian in Thomas Gallo’s film In Robespierre’s Footsteps.4

Today, even if schoolbooks still tend, either directly or subliminally, to identify Robespierre as a dictator responsible for all the crimes of the revolution, the argument stands up less and less well. It is difficult to explain why, for example, with Robespierre dead, the guillotine continued to function and its use accelerated after 9 Thermidor and why the war in the Vendée continued, while his successors invented the word Terror three months later in associating it with Robespierre’s name alone.

ARBR, an Arras-based association, would be delighted, having been the defender of the city’s iconic ‘Incorruptible’ for thirty years, if it did not foresee the trap into which « the controversial one » would suddenly fall.

What is this controversy about ? The one who divides us, Gauchet subtly ventures.5 Certainly, they tell us, we grant you, we recognise in Robespierre the defender of the rights enshrined in the constitution, for secularism and freedom of opinion, resistance to oppression, for the rights of the Jews, his opposition to slavery, his opposition to war, to the death penalty, and lastly, indeed, his resolute action for social equality and the rights to education and existence (to live with dignity). Looking at this today, let’s gladly accept this concession.

But, they tell us, at the same time, that’s all well and good. Look, then : the Revolution only gave rise to violence, unjust deaths, and terror. And Robespierre, the linchpin of the Revolution, Robespierre, whose principles you defend, through being too virtuous and too rigid, inspired and contributed to these thousands of deaths.

Basically, with the best will in the world, once in power, if one wants justice for the people (meaning those who have nothing or not much) one must take power, down to the worst decisions. So in the end, it comes full circle : Robespierre is indeed the tyrant denounced by Barère, Fouché and others. Didn’t the rest of the story demonstrate this ? So there you have it, in full circle, virtue inevitably leads to terror.

Dealing with the present day, because we must draw a few lessons from the past, citizens who today doubt the Republic to the point of no longer voting, who can you be proud of ? And what’s the point ? Every uprising ends in violence because of these overly « idealistic » leaders.

Just go back to the Thermidorian strategy, more efficient than Barère himself would have believed. As the kids say in the playgrounds : « It’s you who says who’s there ». The violent ones are not us, the well-off, it’s those extremist leaders and the uneducated who believe them. Just look at the history.
It’s a new and more devious way to make us give up on taking « happiness to its fulfilment »,6 in Saint-Just’s words.

Intérieur actuel de la maison

The other way of negating every revolutionary impulse is even more subtle because it sends the Revolution, and Robespierre above all, back to the dusty archival shelves, as a moment of history that merits little better than a historian’s squabbling. Robespierre’s ideals are « too anachronistic ».7

OK, that was what he said, but we are no longer in 1789. He’s out of date, Grandpa Robi. So what is the point, then, of going all the way, of developing a museum space in his hometown ? Let’s print some T-shirts for the nostalgic and use the money to restore the abbey’s run-down wing.8

And what does it matter if today’s citizens still remain ignorant that the revolutionaries, including Robespierre, invented France and that many of their hopes have yet to be achieved.

Anachronistic, is it, the idea of claiming the right to exist in a world where inequality has never been so glaring ?

Anachronistic, are they, the main articles of the 1793 Declaration of Human Rights, part of which we know Robespierre contributed to drafting ? Anachronistic article 11, when in many countries, including ours, police violence is so frequent ? Anachronistic article 21 ?9

Anachronistic, too, the demand for public virtue and for the people to demand accountability from those they’ve elected ?

Anachronistic too, then to question Robespierre’s proposals to create national solidarity or even his arguments in favour of mothers and the rights of bastard children ?

So, you must think the actor Vincent Lindon,10 speaking out in time of crisis in a Médiapart column, is a rampant nerd.

It is ARBR’s raison d’être to bring to the citizens’ attention the Revolution as a creative experience, the inspiration it provides to others, and above all to show with patient determination that the ideals of ’89 and ’93 are still to be realised. The risk would be in giving way to these habits of fossilising the events of the revolution in the middle of controversy or in making a tabula rasa of the glorious past of our sans-culottes ancestors.

This is why ARBR is delighted that the Mayor of Arras has listened to both his foreign contacts and ARBR, proud of the 7,000 worldwide signatures collected for the opening of a museum devoted to the French Revolution and Robespierre in his hometown and symbolically in the modest house he occupied with his sister Charlotte and his brother Augustin, whose work also deserves recognition.11

We are also delighted that the sound measure we suggested12 to our ædile at the time, of entrusting the implementation of the educational and museographic project to an academic committee of renowned historians has been adopted. We also see there the desire to leave behind polemics or political controversies around the character and to offer the people of Arras and tourists a real place of historical culture.

Our association, which never fails to accompany groups wanting to visit Robespierre’s House, is, of course, making available its full iconographic and specialist library collections to the designers, and thus to the wider public, for the construction of this space.

Let’s not stint our pleasure. Arras is at last showing the way to other local authorities still curiously timid about giving Robespierre the republican recognition he deserves.

Pour visiter la "Maison de Robespierre

Alcide Carton,
Président de l’ARBR
le 24 août 2020

[1Titre de l’article paru dans le journal Libération du vendredi 21 août2020, signé Pierre Carrey

[2Voir la copie dans les documents joints

[3Les échos de la Terreur. Vérités d’un mensonge d’État. 1794-2001 de Jean-Clément Martin, Belin, 2018, 324 p.

[5Gauchet Marcel : Robespierre , Gallimard , 2018

[6Soboul Albert : Saint-Just, Discours et rapports , Messidor Éditions sociales 1988

[7Voir l’article sus-cité « Robespierre la forte tête d’Arras