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les sociétés populaires en l’an II

Les sociétés populaires en l’An II. Des laboratoires de démocratie.

vendredi 12 janvier 2024

Cela s’est passé à l’Office Culturel où une vingtaine de personnes avaient bravé le froid et les pavés glissants pour venir écouter presque deux heures durant Danièle Pingue nous faire partager sa passion d’historienne pour cet épisode peu connu de la Révolution française : les sociétés populaires. Laboratoires de démocratie.
Merci à Jean-Claude Cavignaux pour ces très jolies photos

Depuis les manifestations des « Gilets Jaunes », en 2018, la question de l’intervention du peuple, dans les affaires du pays revient de manière récurrente dans le débat politique. Cette intervention est souvent évoquée à partir de ce qu’il est convenu d’appeler « le référendum d’initiative populaire ». Il est parfois référé à l’expérience de la révolution française, sans d’ailleurs en préciser le contexte ni les modalités d’organisation et l’amalgamant avec le référendum prévu par l’actuelle constitution. Même l’extrême-droite le brandit à chaque fois qu’une question sociétale vient à se poser, contribuant ainsi à décrédibiliser les corps intermédiaires, pour mieux manipuler l’opinion et lui laisser l’illusion qu’il participe ainsi directement à la vie du pays. .

Dans le cadre de notre cycle de conférences annuel consacré, cette année à l’intervention populaire pendant la Révolution, l’ARBR s’honore d’accueillir Mme Danièle PINGUE, maîtresse de conférences en histoire contemporaine et formatrice en IUFM honoraire, membre très active de nos conseils d’administration et scientifique dont les travaux sur les sociétés populaires sont renommés et très souvent cités.

Il nous a paru, en effet, essentiel de revenir sur cette période de notre histoire brève mais si inventive et qui demeure le creuset de bien des conquêtes populaires remises en cause dès thermidor et sur lesquelles les réactionnaires de tous ordres s’acharnent encore aujourd’hui .

Aussi, notre conférencière tentera-t-elle de nous entraîner dans l’un des aspects de cet apprentissage du débat et de l’exercice de la démocratie directe que furent les sociétés populaires.

"Si les plus célèbres, nous dit-elle, sont les grands clubs parisiens des Jacobins et des Cordeliers, des milliers de sociétés politiques ont vu le jour en France au cours de la Révolution. À leur apogée, au cœur de l’an II, leur présence est attestée dans plus de 5500 communes. Quelles sont alors les fonctions de ces associations, qualifiées désormais de société populaires ? Faut-il voir en elles, comme l’écrivait François Furet « l’amorce d’un type de parti particulier », instrument « d’un pouvoir exercé par une petite oligarchie militante sur un peuple terrorisé » [1]
À travers la présentation concrète de leur personnel, de leur fonctionnement, de leurs activités tous azimuts, dans une approche de la Révolution vue par en bas, la conférence montrera les sociétés populaires en l’an II ont été au contraire les lieux d’une participation massive des citoyens à la vie politique, constituant une forme originale, jamais rééditée d’ailleurs, d’exercice de la démocratie."

Réactions sur les messages des internautes suivant la conférence par zoom et destinées à Danièle Pingue

13:50:32 : De T.BOILLOT : Un grand bonjour d’Abu Dhabi Mme Pingué . Je suis ravi de vous réentendre pour cette conférence. (T. Boillot, ancien élève de l’Univ de Franche-Comté)
Merci Thomas, quelle bonne surprise ! Ravie d’avoir de vos nouvelles à cette occasion.

13:55:12 : De Shanti 3s : Mme Pingué avez-vous étudié et comparé les différents prix d’adhésion aux différentes sociétés populaires et clubs ?
Oui, à Gray, le montant annuel est de 3 livres mais le paiement peut être fractionné et les plus pauvres en sont dispensés. En Seine-Inférieure, il varie de 12 livres à Rouen à 1 livre à Saint-Martin-aux-Buneaux, avec là encore, dans certaines sociétés, la possibilité de payement fractionné et de gratuité pour les plus pauvres. Le choix du club à ce sujet est révélateur de son désir ou non d’ouverture sociale.

14:44:04 De Arno Lafaye-Moses : Il est question dans cette sous-partie des femmes ouvrières aussi ou, comme pour les hommes, uniquement de celles bénéficiant d’un « capital économique et/ou culturel ? »
À propos des sociétés masculines, il semble que je me sois mal fait comprendre. Les sociétés masculines sont ouvertes à toutes les catégories sociales et pas uniquement aux plus riches et/ou plus instruits. Par contre, ces derniers sont surreprésentés dans le club et plus encore dans le groupe dirigeant par rapport à leur poids dans la population environnantes.
Parmi les femmes qui assistent aux séances du club masculin dans les tribunes, beaucoup sont d’un milieu populaire. Idem d’ailleurs pour les hommes non adhérents qui assistent à ces réunions.
En ce qui concerne les clubs mixtes et les clubs de femmes, à Paris, certains ont un recrutement populaire, d’autres un recrutement élitiste. Pour la province, on manque de sources, amis celui de Besançon semble avoir un recrutement assez populaire (la présidente est modiste).

15:38:43 : De benatilaura : Merci Madame
15:39:22 : De Dr M M Gilchrist : Merci beaucoup !
15:39:37 : De Bruno Decriem : Merci beaucoup à toi Danièle pour ce remarquable exposé sur un sujet très important !!
15:40:37 : De Gauthier Baert : Merci Danièle, c’était très intéressant. Bravo et vive la démocratie participative !

Un grand merci à vous quatre pour vos encouragements !
À propos de la démocratie « participative », l’expérience des clubs révolutionnaires est effectivement intéressante pour ceux qui s’interrogent aujourd’hui sur « comment faire de la politique autrement ». Faute de temps, je n’ai pas pu développer la question des multiples adresses que les sociétés envoient à la Convention et qui ne concernent pas seulement leurs réactions face à la chute des factions ou le 9 thermidor.

15:41:20 : De Arno Lafaye-Moses : Merci beaucoup, limpide et passionnant - l’année commence bien :)
2 questions :
1/ Pouvez-vous, svp , citer des exemples de sociétés populaires parisiennes « très à droite »/royalistes « dures » en 1789-1792 comme évoquées au début de l’exposé - voire du profil de leurs membres ? Peut-être ce sont plutôt des « Clubs » ?

Très à droite : à Paris, Le Salon français, ouvert en avril 1790. En relations avec le comte d’Artois. Mal connu. Ses membres ne vont pas tarder à émigrer.
À droite, mais moins « dures » : à Paris : La Société de 1789 .
La Société des Amis de la Constitution monarchique, fondée en novembre 1790 par le comte de Clermont-Tonnerre, concurrente du club des jacobins. Elle est à la tête d’un réseau mal connu d’une cinquantaine de clubs de province, qui fonctionnent sous différentes dénominations, dont celle de « Société des Amis de la Paix ». Ainsi, une société des Amis de la Paix est encore présente à Gray en juillet 1792.
Le Club des Feuillants, issu de la scission des Jacobins en juillet 1791, à la suite de la fuite du roi. Elle est fondée par des députés (La Fayette, Barnave, etc.) qui veulent à tout prix sauver la monarchie constitutionnelle que l’Assemblée constituante est en train de mettre en place. À la suite de cette scission, une bonne partie des clubs de province choisissent de s’affilier aux Feuillants. C’est Robespierre qui va reconstituer le réseau jacobin.

2/ Il a été question dans la sous-partie du « II » consacrée aux « Femmes » membres de Sociétés Populaires de toutes les femmes, y compris ouvrières, ou, comme pour les hommes, uniquement de celles bénéficiant d’un « capital économique et/ou culturel » ?
+ y-a-t-il aussi des ouvriers (i.e. par ex. ne pouvant payer la cotisation ou n’ayant pas été admis) dans le public ?

J’ai répondu plus haut à la question sur les femmes. Sur les hommes, les ouvriers sont sous-représentés parmi les membres des sociétés, même si celles-ci en l’an II font vraiment des efforts pour les recruter et si le montant de la cotisation, sauf exception, ne doit pas être un obstacle à l’adhésion.
Quoi qu’il en soit, les hommes des milieux populaires tout comme les femmes et les enfants, sont présents dans le public.

15:43:07 : De Bruno Decriem : L’ARBR avait invité François Wartelle en 1991 qui avait travaillé sur l’importance des sociétés populaires dans le Pas-de-Calais et particulièrement dans le Béthunois !
Oui, voir à ce sujet l’article de François Wartelle dans le Revue du Nord en 1989 : « Aux origines d’un fief jacobin : les sociétés politiques du district de Béthune durant la Révolution », en ligne sur le portail PERSÉE.

Bibiographie indicative

Synthèses nationales

  • Jean Boutier et Philippe Boutry, Les sociétés politiques, fasc. 6 Atlas de la Révolution française, EHESS, 1992.
  • Michel Vovelle, La découverte de la politique. Géopolitique de la Révolution française, La Découverte, 1992.
  • Michel Vovelle, Les Jacobins. De Robespierre à Chevènement. Paris, La Découverte, 2001.

Études régionales

  • Serge Bianchi, La Révolution et la Première République au village [qui porte sur le sud de l’Île de France ] CTHS, 2003.
  • Philippe Bourdin, Des lieux, des mots, les révolutionnaires : le Puy de Dôme entre 1789 et 1799, Clermont-Ferrand, Publications de l’Institut d’Études du Massif Central, 1995.
  • Martine Lapied, Le Comtat (Venaissin) et la Révolution française, naissance des options collectives, Aix-en Provence, Publications de l’Université de Provence, 1996.
  • Christine Peyrard, Les Jacobins de l’Ouest, Paris, Publications de la Sorbonne, 1996.
  • Danièle Pingué, Les mouvements jacobins en Normandie orientale, CTHS, 2001.
  • Serge Bianchi (dir), Les sociétés populaires à travers leurs procès-verbaux : un réseau de sociabilité politique sous la Révolution française (édition électronique) - 11/2018.

[1François Furet, « Jacobinisme », dans François Furet et Mona Ozouf, Dictionnaire critique de la Révolution française, Flammarion, 1988, p. 761 et François Furet, Le passé d’une illusion, Robert Laffont, 1995, rééd. 2003, p. 125.