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Pourquoi faut-il lire Billaud-Varenne ?

samedi 22 mai 2021


Billaud-Varenne, c’est entendu, est l’un des acteurs politiques majeurs de la Révolution française, des années 1791-1795, de l’importance de Robespierre, Danton, Saint-Just et Marat. D’ailleurs, n’a-t-il pas été élu député de Paris à la Convention Nationale juste derrière Robespierre, Danton et Collot-d’Herbois, mais devant Marat et Desmoulins, pour ne parler que d’eux ?

« Pourquoi faut-il lire Billaud-Varenne ? »
Portrait dessiné de Billaud Varenne, réalisé en 1821
Portrait dessiné de Billaud-Varenne, réalisé en 1821

Jaurès, dans son Histoire socialiste de la Révolution Française a consacré une bonne douzaine de pages sur « Les idées sociales de Billaud-Varenne », où il insistait sur leurs originalités progressistes. Il énonce une pensée large, forte et pénétrante : « Il a sondé les plaies profondes et permanentes d’une société où la propriété de quelques-uns refoule le plus grand nombre dans la misère et la servitude. » Et il est vrai que Billaud-Varenne laisse une œuvre théorique considérable, qui s’étale de 1789 à 1795, de plus de deux mille pages imprimées.

Michel Crépeau, ancien maire de La Rochelle, berceau de la famille Billaud, écrivit fort justement de Billaud-Varenne au moment du Bicentenaire de la Révolution française « Celui qui fut, à mon sens, l’un des Rochelais les plus importants, à défaut d’être le plus sympathique ou le plus connu des hommes qui ont fait la Révolution. »

L’apport révolutionnaire de Billaud-Varenne est pourtant considérable : le refus de la guerre extérieure, la Commune du 10 août 1792, la proclamation de la République, le représentant en mission dans les départements du Nord et de l’Ouest, le membre influent du Comité de Salut public, le rapporteur des discours sur le gouvernement révolutionnaire, son rôle décisif dans l’élimination puis l’exécution de Louis XVI, Marie-Antoinette, le duc d’Orléans, les Girondins, les Hébertistes, les Dantonistes, etc., l’acteur majeur du 9 thermidor et de la chute de Robespierre, le Crétois Montagnard face à la réaction thermidorienne ; tout cela c’est Billlaud-Varenne, et ses multiples facettes sont encore largement à défricher dans des études nouvelles à venir. Malgré des avancées, l’affirmation d’Albert Soboul écrite en 1972 « Il n’existe pas de bonne étude biographique sur Billaud-Varenne » reste d’actualité. Pour notre part, nous avons publié pour l’A.R.B.R. plusieurs articles le concernant dans le bulletin ainsi qu’un ouvrage analysant ses rapports complexes entretenus avec Robespierre. Une biographie scientifique de Billaud-Varenne reste à écrire.

Mémoires de Billaud-Varenne (Alfred Régis) {JPEG}

Ses textes manuscrits dont d’ailleurs extrêmement éparpillés, et, plus grave, certains ont été dispersés et vendus aux enchères, dans un but lucratif, devenus désormais inaccessibles aux historiens.

Fort heureusement, à la toute fin du XIXe siècle, un érudit des lettres, Alfred Bégis, a publié un ouvrage : Les mémoires de Billaud-Varenne, transcription d’un manuscrit issu lui-aussi, déjà, d’une ancienne vente publique, précédés d’une longue notice biographique rédigée à partir d’une partie de sa correspondance rassemblée par l’auteur. Cet ancien ouvrage, disponible aujourd’hui sur Gallica, la bibliothèque numérique de la B.N.F., demeure irremplaçable. Nous possédons d’ailleurs, précision émouvante, l’exemplaire annoté de Denise Centore-Bineau, auteure d’une remarquable biographie de Saint-Just publiée aux éditions Payot.

Cette correspondance reçue par la famille de Billaud demeurée à La Rochelle ainsi que celle du Conventionnel conservée par sa compagne Virginie en Haïti sont malheureusement aujourd’hui perdues dans leur ensemble.

Les Archives Départementales de Charente-Maritime ont cependant et fort heureusement pu faire l’acquisition d’une très longue lettre écrite de Guyane par Billaud à son père en 1800.

Lettres de Virginie {JPEG}

Les vingt-quatre dernières années de sa vie de déporté politique, vingt-et-un en Guyane, puis trois en Haïti restent peu connues ou souvent déformées. Cette longue lettre réunit bien des différents aspects de sa difficile existence de proscrit : sa terrible détention après une traversée compliquée, l’impossible acclimatation au climat guyanais avec ses fièvres et ses maladies, sa proximité avec la mort comme ce fut le cas pour son infortuné collègue, Collot-d’Herbois, l’incroyable trahison de sa femme, son refus remarqué de l’amnistie bonapartiste, sa volonté de devenir agriculteur comme propriétaire terrien, son existence de petit colon s’arrangeant avec le rétablissement de l’esclavage, son amour pour son père et son attachement indéfectible à sa famille malgré la distance, le départ pour Haïti via les États-Unis avec sa compagne, une esclave guadeloupéenne affranchie, ses dernières années d’agonie et des « remords » politiques posthumes bien peu crédibles sur leur authenticité.

Nous avons fait le choix de les évoquer à partir de (très) longues notes qui complètent la publication intégrale de la lettre inédite conservée par les Archives Départementales de Charente-Maritime. Elles éclairent d’un jour nouveau les personnalités publique et privée (Sont-elles si différentes ?) de Billaud-Varenne.

Pour compléter cette lecture, nous y ajoutons le fac-similé intégral de cette lettre, si gracieusement et aimablement fourni par le service public des archives, l’acte de naissance de Billaud-Varenne provenant des Archives Municipales de La Rochelle, la couverture de l’ouvrage d’Alfred Bégis mentionné plus haut, le fac-similé du billet de Virginie, sa dernière compagne, le lot d’archives détenues par Virginie et hélas dispersées, la cocarde républicaine du Conventionnel, un rare portrait dessiné de Billaud réalisé en 1821 par un artiste demeuré anonyme.

Acte de baptême de Billaud-Varenne {JPEG}

Billet de Virginie

Invitons donc nos lecteurs à lire et à apprécier, si c’est possible, Billaud-Varenne.

Lettre de Billaud-Varenne à son père (Thermidor An VIII)

 « La mer ne sera peut-être pas toujours obstinément barrée. » (B.V.)

  « Le désespoir n’est lui-même qu’un vertige. » (B.V.)

Bruno DECRIEM, Vice-Président de l’ARBR (Mars 2021)

Voir en ligne : Une lettre inédite de Billaud-Varenne