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Robespierre jugé par un Girondin et par un Montagnard.

mercredi 30 mars 2022

Robespierre jugé par un Girondin et par un Montagnard.

Robespierre est jugé par un Girondin et un Montagnard. Il est donc intéressant de comparer deux avis différents et dont l’absence de neutralité, peut, peut-être nous permettre de nous faire une idée de la réputation politique de Robespierre.

Portrait de Jérôme Petion
Maire de Paris

« Le caractère de Robespierre explique ce qu’il a fait. Robespierre est extrêmement ombrageux et défiant ; il aperçoit partout des complots, des trahisons, des précipices. Son tempérament bilieux, son imagination atrabilaire lui présentent tous les objets sous de sombres couleurs ; impérieux dans son avis, n’écoutant que lui, ne supportant pas la contrariété, ne pardonnant jamais à celui qui a pu blesser son amour-propre, et ne reconnaissent jamais ses mots ; dénonçant avec légèreté et s’irritant du plus léger soupçon ; croyant toujours qu’on s’occupe de lui, et pour le persécuter ; vantant ses services et parlant de lui avec peu de réserve ; ne connaissant point les convenances et nuisant par cela même aux causes qu’il défend, voulant par-dessus tout les faveurs du peuple, lui faisant sans cesse la cour, et cherchant avec affectation ses applaudissements ; c’est là, c’est surtout cette dernière faiblesse, qui, perçant dans tous les actes de sa vie publique, a pu faire croire que Robespierre aspirait à de hautes destinées et qu’il voulait usurper le pouvoir dictatorial. Quant à moi, je ne puis me persuader que cette chimère ait sérieusement occupé ses pensées, qu’elle ait été l’objet de ses désirs et le but de son ambition. »

Extrait d’un discours de Jérôme Pétion, député Girondin d’Eure-et-Loire, à la Convention. D’après Le Moniteur universel, n°315, du 10 novembre 1792, p. 1337. Il est né à Chartres, le 2 janvier 1756 ; mort à Sainte-Magne (Gironde), le 18 juin 1794.


René Levasseur, député de la Sarthe à la Convention

« A-t-on pu croire, a-t-on cru, en effet, comme on l’a si souvent affirmé que le système de la Terreur ait été l’ouvrage d’un homme ou de quelques hommes ? A-t-on pu croire qu’on en ait calculé à l’avance la nature et les effets ? Je ne saurais le comprendre. Cependant, puisqu’on l’a sinon cru, du moins répété, repoussons cette ignoble et honteuse prévention, et prouvons que l’humanité n’a pas à ce point démérité d’elle-même. Robespierre et la Montagne dont on fait le bouc émissaire des excès révolutionnaires ont-ils créé et développé volontairement le régime de la Terreur ? Voilà il me semble, la question telle qu’elle doit être posée ; les faits vont nous en donner la solution. Et, d’abord, pour tous les excès qui tendaient à la démoralisation, on ne soutiendra plus, sans doute, qu’ils aient été dans le plan de Robespierre, puisqu’il s’y est constamment opposé et que leurs auteurs ont été ses plus cruels ennemis. On trouve dans les papiers rassemblés par Courtois diverses notes de Robespierre qui suffisent pour montrer combien de répugnance les saturnales terroristes inspiraient au célèbre membre du Comité de Salut public. Ici, il reproche à Léonard Bourdon d’avoir avili la Convention en introduisant la coutume de parler le chapeau sur la tête, et d’autres formes indécentes. Là, il flétrit de tout son pouvoir les hideuses tentatives de la Commune pour établir l’athéisme public. Partout, il se montre ami de la vertu, de la religion, de la bienséance même. Le culte de la déesse raison le dégoûte encore plus que le fanatisme des prêtres catholiques. Il sent que l’homme ne peut être républicain s’il n’est avant tout moral et religieux. Ces idées sont aussi celles de Saint-Just et de tout ce qui, dans la Montagne, portait une âme honnête, c’est-à-dire de l’immense majorité.

Certains actes de sévérité ont été cependant l’ouvrage de Robespierre et de ses adhérents. Tous étaient inflexibles, quand ils croyaient voir compromis le salut de la cause sainte. Aucun ne reculait devant les conséquences de ses principes, quelques déplorables qu’ils pussent être transitoirement et quelques actes douloureux qu’ils pussent entraîner. Ainsi ils ont frappé les chefs de la Gironde, les députés constituants qui rêvaient la Constitution de 1791, et les fougueux compagnons d’Hébert et les amis corrompus de Danton. Mais de ces vengeances légales dont la nécessité leur semblait démontrée, aux sanglants holocaustes qui effrayèrent la France, il y a une distance immense ; il y a toute la distance d’un jugement qui frappe le crime, à un assassinat qui déchire l’innocence au milieu de sa famille. La différence qui existait entre Robespierre, Saint-Just et un Carrier, un Collot, un Lebon était celle qui sépare un magistrat juste, mais inflexible, d’un bourreau teint du sang qu’on la payé pour répandre. »

D’après « Les mémoires de Levasseur. »,

Levasseur René [1] est né à Sainte-Croix (le Mans), le 27 mai 1747 ; mort le 17 septembre 1834. Il exerçait au Mans la profession de chirurgien-accoucheur. En septembre 1792, il fut élu député de la Sarthe à la Convention et y prit place sur les bans de la Montagne. dans le procès de Louis XVI, il vota contre l’appel au peuple, pour la mort et contre le sursis. En mars 1793, il soutint la création du tribunal révolutionnaire et le 13 avril, il se prononça contre la mise en accusation de Marat.

Dans la lutte des Montagnards et des Girondins, il se montra l’un des adversaires les plus acharnés de ces derniers. Ensuite il fut envoyé essentiellement en mission dans le Nord … Il ne rentra à Paris qu’à la fin de thermidor. Il combattit les thermidoriens tant à la Convention qu’aux Jacobins.

Décrété d’arrestation le 16 germinal an III (5 avril 1795), il fut conduit avec Ruamps et Montaut, à la citadelle de Besançon, où il subit une rigoureuse détention. Il ne retrouve la liberté qu’à la fin de la session de la Convention. Plus pauvre qu’il ne le fut avant la Révolution, il sut inspirer le respect de ses adversaires politiques. Après le désastre de Waterloo, les prussiens s’emparèrent de lui et le transportèrent à Coblence, d’où il passa à Bruxelles rejoindre ses anciens collègues, puis il se retira à Louvain.
Il y vécut dans la pauvreté, exerçant sa profession.

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Bernard Vandeplas.
Vice-président de l’ARBR, Docteur en histoire contemporaine.

[1D’après le dictionnaire des conventionnels de Kuscinski.